Quand on regarde les statistiques du marathon de la Côte d'Amour, on constate une belle représentation féminine. En effet, il y a depuis 5 ans une stabilité des effectifs avec environ 10% de
femmes. Pas mal, diront certains. Trop peu diront d'autres personnes. C'est peu, effectivement, puisqu'au regard des statistiques de la population Française, il devrait y avoir autant de femmes
que d'hommes à courir. Mais c'est aussi un bon chiffre si on se penche sur l'histoire de la course féminine, et qu'on découvre ce que fut le parcours du combattant que durent mener certaines pour
juste avoir le droit de courir.
Alors, à l'heure où les courses féminines se multiplient, un petit rappel historique s'impose.
UN SIECLE DE COMBAT
Les textes historiques gardent en France la mémoire de quelques grands évènements festifs, au cours desquels des courses féminines furent courues. On retrouve ainsi trace dès 1168, d'une course féminine organisée lors de la foire de Beaucaire. En 1400, en Italie, les courses de Vérone étaient célèbres pour
ses courses de chevaux, d'ânes.... et de femmes !
Mais il faut attendre 1886 pour relever les premiers textes modernes relatant des courses féminines, avec les 2 heures d'Atlanta (USA) et la victoire
de Melle Landell qui accomplira un peu plus de 20 km.
En 1895, le 1er meeting d'athlétisme féminin est organisé par le Vassar collège de New york... loin des regards masculins.
En 1896, une Grecque nommée Malpomène fait scandale en demandant à participer au marathon olympique. Refusé, bien sur. Mais qu'à cela ne tienne, elle
réalisera toute seule la distance de Marathon à Athènes en 4h30. Et le lendemain du marathon olympique, une autre Grecque, Stamathia Rovithi, fera quant à elle le circuit seule en 5h30.
Le 25
octobre 1903 est une date importante pour la course à pied en France. Le journal du Petit haut marnais organise le 25 octobre une grande course féminine entre Paris et Nanterre sur
12km. Cette course, réservée aux midinettes (les ouvrières en confection Parisiennes ainsi surnommées parce qu'elles partent à midi faire dinette autour de leur atelier), va accueillir 2500
femmes ! Enorme peloton de coureuses en jupon qui s'élança à 11h30 de la place de la Concorde, au milieu d'une cohue de fiacres et des chevaux, sous l'œil amusé des Messieurs.
Mais il faudra attendre 1917 pour que les 1ers championnats de France d'athlétisme voient le jour avec entre autres un record de France sur 400 m en
1'06''.
En 1921, le 1er meeting international féminin est organisé à Monaco, sous l'impulsion de la Fédération Sportive Féminine Internationale.
Mais de participation de l'athlétisme féminin aux JO, il ne saurait en être question pour notre cher Baron De Coubertin.
Du coup, le 20 août 1922, la FSFI lance les premiers championnats du monde d'athlétisme féminins au stade Pershing à Paris, avec l'appellation JO
féminin. Renouvelé en 1926, l'épreuve ne sera toujours pas reconnue par le CIO et il faudra attendre 1928 et la fin de la mainmise de Coubertin sur l'organisation pour que 5 épreuves féminines
soient acceptées (100m, 800m, 4x100m, hauteur et disque). Devant les commentaires acerbes de certains journalistes et athlètes machistes, « on » estimera que les femmes ne devront pas
courir sur plus de 200 mètres, sous peine d'épuisement !
Les JO féminins perdureront ainsi jusqu'en 1938, date à laquelle la FSFI accepta l'idée d'une intégration aux « vrais JO », avec un programme plus étoffé (mais toujours pas plus de 200m
hein ! les filles).
1948 couronnera notre 1ère championne olympique Française, Michèle Ostermeyer (disque et poids).
Il faut attendre les années 1950 pour que la course à pied commence à se féminiser. Ainsi en 1950, une femme obtient avec peine le droit de courir
Sedan-Charleville, mais en partant 30mn avant les hommes (pas de mélange SVP). Des femmes prendront le départ des courses Françaises qui commencent à éclore ici ou là, mais en se déguisant en
homme.
1967 : Kathrine Switzer est la première femme à participer au marathon de Boston, déguisée en homme. N'étant bien sur pas autorisée à courir, il faudra toute
la force de son mari pour empêcher les commissaires de l'arrêter. Elle sera du coup exclue de la fédération Américaine d'Athlétisme.
1972 : Cocorico, la toute première référence chronométrique officielle sur la distance du marathon est Française. Le 29 octobre 1972, 3 femmes
dont Katy Switzer, une allemande et une Française, Ingrid Schoving, sont autorisées à courir le marathon de Neuf brisach. Cette dernière s'imposera en 3h16'13''. Mais rien n'est acquis et à
Sedan-Charleville, Michelle Baudein doit courir encadrée d'amis afin d'échapper à la vigilance des organisateurs. L'année d'après, c'est Chantal Langlacé qui prend le départ de cette course,
toujours anonyme. Raymonde Cornou participera elle aussi à de nombreuses courses, en faisant le coup de poing avec les organisateurs et les commissaires, juste pour avoir le droit de courir. Vous
y penserez, quand vous lui rendrez visite dans son magasin "la boutique marathon" à Paris.
Accompagnant le grand mouvement des coureurs à pied qui revendiquent un esprit de liberté, à l'inverse des pistards et en guerre avec la Fédération qui voit à l'époque dans la course sur route la
mort de l'athlétisme traditionnel, ces pionnières Françaises vont participer en 1974 en Allemagne au premier championnat du monde officieux de marathon. En octobre, à 20 ans, Chantal Langlacé devient recordwoman du monde de marathon avec un excellent chrono de 2h46'24'', avant d'améliorer cette marque en 1977 avec 2h35'15''.
Mais il faudra attendre 1980 pour que les femmes soient admises au Championnat de France de marathon, et
1984 pour les JO. Ouf, quel long combat!
En
1980, Chantal Langlacé établit la meilleure performance mondiale sur 100km en 7h27'22 !
Considérée comme la pionnière du Marathon féminin, 3 titres de championne de France ont ponctué sa carrière sur 25km route en 1986 et Marathon en 1982 et 1984. Détentrice d'un record de
France en salle sur 3000m en 1983, elle collectionne 6 meilleures performances françaises sur Marathon et 1 sur 100km route. Elle décrocha 2 meilleures performances mondiales sur Marathon en 1974
et 1977 avant que ces performances sur route prennent l'appellation de record.
Et l'évolution des records est spectaculaire. Alors que les hommes ont eu pile un siècle pour gagner 51mn (John J. Hayes au JO de Londres en 1908, premier marathon officiel sur 42.195km- Hailé
gebresélassié marathon de Berlin en 2007 - 2h04'26''), les femmes ont, en 31 ans déjà gagné 1h01 (Ingrid Schoving à Neuf brisach en 1972 - 3h16'13'' contre Paula Radcliffe à Londres en 2003 -
2h15'25'').
Voilà. Aujourd'hui les courses exclusivement féminines se développent. Nos midinettes de 1903 sont bien loin. Mais ne retombons pas dans le chacun chez soi. Mesdames, prenez le départ de toutes
les courses. N'ayez pas peur de vous retrouver au cœur de pelotons qui réservent toujours un vrai espace de respect, loin des images de machisme et de brutes développées dans d'autres sports.
Car un siècle de combat ne suffit pas. Il y a encore des sportives interdites de pratique dans des pays du monde !
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